Bien écrire un texte

La progression de l’information pour un article efficace

Mise à jour: 20 février 2022

J’ai souvent parlé de progression d’information dans d’autres articles. J’ai décidé d’en parler plus en profondeur dans celui-ci, puisqu’elle est cruciale à la construction d’un bon texte. En effet, la progression de l’information permet à un lecteur de suivre le déroulement d’un texte avec facilité.

Grâce à elle, le lecteur ne se demande pas pourquoi on lui parle de telle ou telle chose et n’abandonne pas sa lecture en cours de route. Au contraire: une de ses attentes est comblée et il a toutes les chances de bien comprendre ce qu’on a écrit.

En clair, la progression de l’information consiste à amener de nouveaux éléments de façon logique, selon un fil conducteur cohérent.

Il s’agit de donner une nouvelle information dans son contexte, en l’accompagnant d’information déjà connue, familière.

Le texte progresse du connu vers l’inconnu, de ce que le lecteur connaît vers ce qu’on veut lui apprendre.

«Il est donc essentiel que le lecteur puisse faire rapidement et simplement les liens entre les mots, sinon son attention est détournée du texte et il ne comprend plus le sens de ce qu’il lit.» – Claire Chebat Gélinas et collaborateurs dans Intelligibilité de documents d’information.

Dans Le style: conseils pour écrire de façon claire et vivante, André Noël a écrit quelque chose qui s’applique bien aux blogueurs: «L’important, c’est de faciliter la tâche au lecteur. […] Tout en respectant le lecteur, il faut se montrer amical avec lui. […] Ce n’est pas à lui de faire un effort, mais à nous

Je te suggère vivement de lire cet ouvrage si tu souhaites écrire avec élégance et efficacité!

Deux exemples de progression de l’information

Selon le sujet et les lecteurs, la progression de l’information sera plus ou moins longue ou complexe. Voyons deux exemples, l’un simple et l’autre plus délicat.

Un contexte et un sujet familier

Disons que tu rédiges un blogue spécialiste des produits de beauté. Tes lecteurs ne sont pas déstabilisés par la parution d’un article sur le nouveau mascara de la compagnie X. Dans cet article, tu énumères ses qualités et ses défauts, tu indiques ton appréciation au début ou à la fin de l’article, et tu recommandes ou non le produit.

En ouvrant un article de ce genre, tes lecteurs s’attendent à retrouver ces informations, surtout s’ils suivent ton blogue ou s’ils ont déjà lu des articles de tests de produits. Le contexte leur est familier.

Même si le mascara en question est un nouveau produit, il s’agit d’une sorte de produit connu, et tu écris un type d’article répandu. Tu peux donc fournir rapidement les nouvelles informations, c’est-à-dire ce qui est spécifique à ce mascara en particulier.

Un contexte familier et un sujet nouveau

Maintenant, imaginons que, sur le même blogue, tu souhaites sensibiliser les gens à la famine qui ravage le Soudan du Sud. Dans ce cas, tu as besoin d’un peu plus de structure pour que tes lecteurs lisent l’article au complet!

En ouvrant cet article, tes lecteurs ne savent pas à quoi s’attendre. Le sujet ne correspond pas à ceux que tu abordes habituellement. En fait, il en est très éloigné! Tu dois donc commencer par justifier ton sujet. Tu informes ensuite tes lecteurs sur le Soudan et sur sa réalité, qui leur sont peut-être inconnus. Tu termines en lançant un appel à la solidarité par une levée de fonds, par exemple.

Vois-tu comment cette structure présente une progression logique? Tu commences par quelque chose que tes lecteurs connaissent (ton blogue, toi) avant de les amener vers quelque chose de nouveau (ton émotion par rapport à la situation soudanaise). À partir de ce quelque chose maintenant connu (ton émotion), tu poursuis vers du nouveau (le Soudan, sa réalité). Et ainsi de suite jusqu’à la conclusion.

Si tu commençais tout de suite par la levée de fonds, les lecteurs abandonneraient l’article illico. Non seulement tu leur demandes de l’argent, mais ils ne savent pas pourquoi!

Les gens sont paresseux: ne compte pas sur eux pour aller jusqu’à la fin de l’article s’ils ne comprennent pas de quoi tu leur parles.

Illustration d'une mauvaise progression d'information
Inutile de te dire: «Les lecteurs ne comprennent pas tout de suite, mais ce n’est pas grave, ils comprendront à la fin.» Les gens ne se rendront pas à la fin.

Évidemment, tout cela dépend de ton style, de ton blogue, de tes lecteurs. Dans un blogue d’opinion où tu as l’habitude de digresser en début d’article, si tu as du talent et que tu maîtrises l’art de la rédaction, ça peut très bien fonctionner. Mais si tu as un blogueur amateur ou semi-professionnel et que ton but est d’informer sur X, Y ou Z sujet… vas-y simplement 🙂

Faire progresser l’information à tous les niveaux

Ainsi, l’information doit progresser au niveau des idées de l’article. En réalité, elle doit le faire à tous les niveaux: idées, paragraphes et phrases.

La progression de l’information se concrétise par différents procédés d’écriture:

  • reprises lexicales (génériques, répétitions, synonymes),
  • reprises grammaticales (déterminants, pronoms),
  • mots ou phrases de transition,
  • ponctuation.

Voyons chacun d’entre eux rapidement.

Au niveau des idées et des paragraphes

Tu as peut-être déjà entendu l’équation «un paragraphe = une idée».

Dans un format de blogue, la formule s’applique bien: en gros, les idées sont les aspects de ton sujet.

Dans une thèse de doctorat, en revanche, un paragraphe représente un sous-sous-sous-sous-sous aspect d’une idée.

Dans les deux cas, le besoin de faire progresser l’information reste le même.

Pour passer du connu à l’inconnu, on utilise principalement des mots ou des phrases de transition.

Voici ce que j’ai utilisé depuis le début du texte, de mon introduction jusqu’ici, pour que les idées s’enchaînent logiquement. Je n’ai pas inclus les sous-titres, bien qu’ils participent aussi à la fluidité de ta lecture.

  • J’ai souvent parlé de progression d’information dans d’autres articles. (Une phrase introductive vous rappelle ce qui est venu avant l’article.)
  • En clair… (J’établis clairement la définition de mon sujet.)
  • Selon le sujet et les lecteurs… (J’introduis l’aspect annoncé par le sous-titre en évoquant des notions familières.)
  • En ouvrant un article de ce genre… (Je fais le lien entre ce que je viens d’expliquer et ses conséquences.)
  • Maintenant… (J’indique que l’on passe à une autre idée, un autre exemple.)
  • En ouvrant cet article… (Je fais le lien entre ce que je viens d’expliquer et ses conséquences.)
  • Voyez-vous comment… (Je fais le lien entre l’exemple et ce que je veux démontrer.)
  • Si… (Je donne le contre-exemple pour mieux asseoir mon point.)
  • Évidemment… (Le terme annonce un retour sur l’idée globale.)
  • Ainsi… (J’introduis un rappel de ce qu’on vient de voir avant d’aborder un nouvel aspect du sujet.)

Vous pouvez maintenant prêter attention au reste de l’article pour repérer d’autres mots et phrases de transition 😉

Aussi (oui, en voilà un!), la reformulation permet de rappeler un élément connu au lecteur. Il s’agit de dire la même chose d’une façon différente.

Attention: une bonne reformulation n’ajoute rien de nouveau en elle-même! Elle résume ou utilise un vocabulaire différent, par exemple pour passer d’un registre scientifique à un registre neutre.

Par ailleurs, la progression au niveau des idées ne suffit pas. Pour qu’un texte soit réellement efficace, il faut accompagner notre lecteur d’une phrase à l’autre.

Au niveau des phrases

C’est ici que le nerf de la guerre se trouve. Heureusement, plusieurs outils sont à notre disposition.

Mots de transition: sur le même principe que pour les idées et les paragraphes, les phrases peuvent s’enchaîner simplement à l’aide de mots de transition.

Voici quelques exemples: d’abord, ensuite, puis, de toute façon, également, aussi, par ailleurs, quoique, etc.

Cet article de Bernard Lamailloux donne une liste des mots et des expressions en français qui sont considérés (ou non) par Yoast SEO. Très utile!

Reprises lexicales: il s’agit de répéter le sujet de la phrase ou du texte, mais d’une façon différente. La reformulation peut y ressembler. On distingue trois grandes façons de procéder.

  • Synonyme: On emploie un terme qui veut dire la même chose pour varier le vocabulaire. Attention de ne pas tomber dans un piège! Exemples: Le texte, l’article, le billet, l’œuvre…
  • Répétition: On réutilise le même terme au travers du texte. Réutiliser le même mot de temps en temps facilite le travail du lecteur, puisqu’il est déjà connu. On évite de le faire dans des phrases qui se suivent, quand même! Exemple: Le texte est… en phrase 1. …dans le texte… en phrase 13 …le sens du texte. en phrase 20.
  • Générique: C’est une catégorie de mot qui englobe celui qu’on utilise. Exemples: «la citoyenne» pour «une femme» ou «le félin» pour «un chat». Ce n’est pas exactement un synonyme, puisque sa définition est plus large.

Reprises grammaticales: il s’agit de parler du sujet du texte autrement que par un substantif (un nom ou un groupe nominal). On distingue deux catégories de reprises grammaticales.

Ponctuation: la ponctuation est très utile pour indiquer des liens entre les phrases sans ajouter de mots. Le point annonce la fin d’une idée; le point-virgule annonce un parallèle entre les éléments qu’il sépare. Le deux-points annonce une explication ou une énumération: il nous évite d’écrire «Voici une explication».

Ces quatre grands outils permettent de faire passer le lecteur d’une phrase à l’autre sans difficulté, en toute fluidité. Or, c’est à ce moment-là, lorsque les phrases tiennent solidement ensemble et que le lecteur ne tombe dans aucun trou de compréhension, qu’un texte est jugé «bien écrit».

Une analyse improvisée

Voici une minuscule analyse improvisée d’un passage de Questions d’écriture de Jean-Jacques Pelletier, un auteur québécois à la plume admirablement limpide. J’ai choisi ce livre parce qu’il est bien construit, et ce passage en ouvrant le livre à n’importe quelle page. Je ne pouvais pas me tromper!

Il est difficile d’analyser seulement deux paragraphes sans leur contexte, mais l’exercice indique quand même à quoi ressemble une progression de l’information bien maîtrisée.

Analyse de la progression d'information dans un extrait de livre.
Analyse de la progression d’information dans un extrait de livre.

Presque chaque phrase fait référence à quelque chose qui vient avant elle: ce sont les cases orange qui renvoient à une bulle mauve.

Observe les différents moyens que M. Pelletier utilise pour faire progresser l’information: générique, déterminants, répétition, pronom démonstratif, reformulation.

Et pardonne mes pattes de mouche!

À la lumière des explications qui précèdent, relis tes propres textes. Amènent-ils les nouvelles informations de façon logique et progressive?

Ce n’est pas facile d’en juger par soi-même! N’hésite pas à demander l’avis de quelqu’un d’autre pour savoir si tes phrases s’enchaînent bien ou non.

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